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Rudolf Nureyev Titre

par Patricia Boccadoro

ARIS, 17 mars 1999 - Né le jour de la Saint Patrick en 1938, Rudolf Noureev aurait fêté ses soixante-et-un ans aujourd'hui. On ne pourrait imaginer plus bel hommage à son immense talent et à l'héritage qu'il a laissé derrière lui que l'exceptionnelle représentation de La Bayadère le 6 janvier dernier (anniversaire de sa mort) à l'Opéra Bastille.

Passionnée, intense et radieuse dès son apparition sur scène, Elisabeth Platel fut proche de la perfection en Nikiya, la danseuse du temple ; Agnès Letestu interpréta la belle et fière princesse Gamzatti, un rôle que lui avait donné Noureev alors qu'elle était encore dans le corps de ballet, avec une technique et une dramaturgie brillantes. Nicolas Le Riche en Solor, le guerrier incapable de choisir entre les deux femmes, fut simplement splendide.

Quand je vis La Bayadère en octobre 1992, je trouvais la production magnifique, pleine "d'âme russe" et de ses excès, un mélodrame d'autant plus touchant qu'il était évident que ce serait le dernier ballet de Noureev (en dépit du fait qu'il avait commencé à travailler sur Le Prince des Pagodes). C'était le parfait support pour mettre en valeur le talent de ce qui était devenue, grâce à l'arrivée de Noureev comme directeur artistique presque dix ans auparavant, la "plus belle Compagnie" au monde.

Mais avec le temps, l'oeuvre a pris de l'ampleur. Une grande attention est donnée au côté dramatique et aux scènes mimées, rendant les événements plus réels. Ce n'est pas un conte de fées, mais le drame d'un homme qui hésite entre son coeur et son devoir (causant indirectement la mort de celle qu'il aime), et la tragédie de deux femmes que rien n'arrêtera pour le garder. On y trouve tout l'éventail des émotions humaines ; amour, haine, trahison, faiblesse, possession, jalousie et violence.

La version de Noureev suit très fidèlement celle du Kirov, et se termine lorsque Solor, sous l'emprise de l'opium, est transporté dans un autre monde où il retrouve Nikiya dans un des plus célèbres "Actes blancs" de toute l'histoire de la danse classique.

Dans le plus pur exemple du style classique de Marius Petipa, les esprits des danseuses du temple hindou mortes descendent l'un après l'autre - il y en a trente-deux - d'une rampe au fond de la scène comme venant du ciel dans des arabesques répétées. Une seconde d'hésitation dans ce mouvement lent et envoûtant, et l'enchantement serait rompu à jamais.

Responsable de ce lyrisme de rêve, Patrice Bart (assistant de Noureev à partir de 1986 et maintenant maître de ballet associé à la direction de la danse) me raconte les difficultés à recréer cette oeuvre six ans après la mort de Noureev.

"La plupart des nouveaux danseurs n'ont jamais connu Rudolf, n'ont pas travaillé sur les productions de Rudolf, ne connaissent pas le style de Rudolf ; cela fait beaucoup de choses à leur inculquer en même temps", dit-il.

"Il reste de moins en moins de gens qui ont travaillé avec lui, et qui connaissent pourquoi il a demandé telle ou telle choses, comment il les voulait, et pourquoi il les voulait comme cela. Nous étions trois ; Genia Polyakov, Alexandre Kalioujny, et moi, et nous étions les enfants de Noureev. Maintenant, je suis seul a transmettre sa vision aux professeurs ainsi qu'aux danseurs.


Paris Opera Ballet - The Bayadere


"Heureusement", poursuit-il, "il y a les étoiles, qui sont formidables, qui ont travaillé avec Noureev ; Laurent Hilaire, Elisabeth Platel, Isabelle Guèrin, Manuel Legris, Elisabeth Maurin, ainsi que Florence Clerc et Ghislaine Thesmar qui connaissent bien ses méthodes et qui enseignent ici. C'est une bataille incessante pour préserver notre héritage, l'énergie, la rigueur, et le "look" que nous a donné Noureev.

"Les images sont moins claires, moins précises, comme sur des vieilles photos. Donc, peut-être du fait qu'il y a tant de gens nouveaux, nous avons pris le temps de reconstruire en profondeur. Peut-être n'était-ce qu'un mal pour un bien. Il a fallu reprendre tout depuis le début avec les nouveaux. Et puis, nous avons vraiment veillé à tous les détails ; nous avons même refait les tutus blancs et argent brodés à la main, et cela semble avoir porté ses fruits".

Pour sa création, le 8 octobre, 1992, les danseurs de l'Opéra disposaient d'à peine trois semaines de répétitions, dans des conditions difficiles, compte tenu de la fatigue de Noureev. Seul le troisième acte, "Le Royaume des Ombres", avait été dansé jusque là.

"J'essaie de faire comme Rudolf", dit le maître de ballet, "je fais attention à chaque danseuse du corps du ballet. J'essaie de dire aux trente-deux ombres - 'vous devez penser que vous êtes toutes la danseuse étoile, toutes des Nikiya descendant des cimes de l'Himalaya, toutes des bayadères, pures, limpides, lumineuses'. Je leur dis de respirer la musique et d'être fortes, fières, et émouvantes et de se souvenir qu'elles ne sont pas une armée en mouvement".

Bart compare le ballet, à cause de ses dimensions et de son coté spectaculaire, à un grand opéra, "peut être Aïda, créé juste six ans auparavant", ajoute-t-il, "dont le livret est aussi basé sur un conflit amoureux avec quatre rôles : la mezzo, la soprano, le ténor et le baryton. Aïda, l'esclave Ethiopienne est aimée par Radames qui, tout comme Solor dans le ballet, est fiancé à Amneris, une princesse tout comme Gamzatti".

Laurent Hilaire, qui créa le rôle de Solor explique que chaque fois que le ballet est programmé, la compagnie le revisite et le retravaille. "Les interprètes ont mûri", dit-il, "ils améliorent certains détails et éliminent le superflu. Ces classiques du 19eme siècle sont la "colonne vertébrale" d'une compagnie. Noureev a laissé sa marque sur ces ballets et nous transmettons ces oeuvres de telle sorte qu'elles restent actuelles pour chaque nouveau public."

"Avant Noureev, nous n'avions pas de tradition de mime ici, car notre répertoire était limité. Il nous a amené le meilleur de Covent Garden et du Kirov."

Et c'est justement là où commence la propre histoire de Rudolf Noureev et de La Bayadère.


Photo centre : Icare/Moatti

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