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NICOLAS SARKOZY EST-IL LE JOHN McCAIN FRANÇAIS ?

Par Harold Hyman

PARIS, 19 MAI 2008 -Qui est Nicolas Sarkozy au terme de la première année de son quinquennat ? Il reste avant toute chose un politicien ambitieux. À la différence de Giulio Andreotti (ministre italien d'après-guerre par intermittance pendant 40 ans) il ne cherche pas la puissance pour le plaisir de la puissance. Et à la différence de Ronald Reagan, sa révolution ne s'oppose à aucune dérive morale visible. Il est ambitieux au sens pur, et a des ambitions pour la France seulement par voie de conséquence. Il a quelque chose à prouver à ses pairs, c'est un crâneur au quotidien. Il n'est guidé par aucune force mystique, à l'inverse de De Gaulle. Son principal héritage serait que les sondages futurs le montrent comme figure historique selon une majorité de français.

La candidature de Balladur a concurrencé la candidature de Chirac, et on peut rapprocher l'ambiance d'alors à celle d'une Hillary contre Obama mais avec la trahison en plus.

La vie politique n'est qu'un sondage

L'homme se nourrit des sondages d'opinion. Il a depuis longtemps compris que les campagnes électorales doivent saisir l'humeur populaire telle que la font ressortir les sondages. Les sondages sont variés, et de poids inégaux, ainsi la meilleure manière d'emporter une élection est d'adopter des positions qui obtiennent le plus grand nombre d'approbations sur la criminalité, les impôts, la liberté d'entreprendre, l'Alzheimer , les Etats-Unis, l'intégration raciale, la réforme de l'université, la réduction de l'immigration. Cette lecture des sondages est l'une des raisons de sa victoire contre la socialiste Ségolène Royal en 2007 ; c'est également ce qui l'avait poussé dans l'erreur de calcul de soutenir Edouard Balladur l'héritier devenu ennemi de Jacques Chirac en 1995. La candidature de Balladur a concurrencé la candidature de Chirac, et on peut rapprocher l'ambiance d'alors à celle d'une Hillary contre Obama mais avec la trahison en plus. Sarkozy a rompu avec son mentor Jacques Chirac, est devenu l'un des pilliers de Balladur, et a coulé à bord du même navire que Balladur & Cie. Il cependant est resté nominalement dans le parti gaulliste. Il y a ici une ressemblance à John McCain vis-à-vis de George W. Bush en 2000.

Un pro-américain très récent

Rien de bien pro-américain dans tout cela: c'est parce que le pro-américanisme est un accompagnement, une garniture, une inclination auto-proclamée qui a véritablement émergé pendant l'élection 2007. Il n'a jamais habité aux Etats-Unis, son anglais est déplorable comparé à Chirac ou à Villepin. Jusque-là, il était à peine plus pro-américain que l'infortuné Chirac qui a vu son projet de devenir le plus grand allié et meilleur ami des Etats-Unis se fracasser. Un projet qui a échoué quand l'administration de Bush a essayé d'intimider Chirac pour qu'il accepte l'invasion de l'Irak comme une bonne chose. Chirac craignait une hostilité intense en France s'il participait à cette aventure. Les Américains l'ont privé d'échappatoire élégante, et il a dû se rebiffer brutalement, éperonné par Dominique de Villepin qui s'était lancé dans un « remake » de De Gaulle de la phase anti-américane . Chirac a pu sauver sa présidence. Dans toute cette intrigue irakienne, Sarkozy maintint un silence assourdissant. Comme ministre responsable de la sécurité, il craignait que les «banlieues », c.-à-d. les cités et taudis arabes et africains qui ceinturent Paris (une ville grande comme le seul Manhattan), s'ameuteraient contre la guerre, l'obligeant à les réprimer ce qui conduirait à sa révocation par Villepin. L'orage passé, l'envie d'être président intacte, il a étudié deux choses : comment sembler plus moderne qu'un parti socialiste intellectuellement moribond et divisé, et comment rallier des voix du Front national. Les sondages lui ont démontré que c'était là la clef du succès. C'est la leçon que John McCain observe avec une attention particulière.

Se rallier les électeurs de la droite dure

Sarkozy a compris que pour devenir populaire Jean-Marie Le Pen du Front national avait attisé les craintes des gens, et avait inventé une supériorité des gens de souche gauloise sur les immigrés. Ce n'était naturellement pas la tasse de thé de Sarkozy, lui dont le père de moyenne noblesse hongroise avait fui les Communistes, et dont le grand-père maternel était un juif de Salonique. Sarkozy a toutefois transformé le racisme implicite de Le Pen en un dogme non-raciste mélangeant la discrimination positive au patriotisme daltonien et à la hantise de l'immigration illégale et excessive d'Afrique. Il y a ici encore une similitude avec des idées en vogue chez les républicains américains.

L'immigration est la question la plus sensible, les sondages le montrent, et Sarkozy a annoncé son projet de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale pendant la campagne, ce qui fit perdre instantanément un demi-million de voix à Le Pen. En effet, une partie des électeurs de Le Pen n'est pas attirée par son quasi-fascisme, et Sarkozy a eu un trait de génie en inventant lui-même une nouvelle variété de fierté nationale non-raciste. Ce génie sera sûrement repris dans la pensée républicaine outre-Atlantique. Après tout, McCain lui-même est venu voir Sarkozy l'année dernière, et les stratèges de campagne ont devisé. McCain a même fait un détour à l'Elysée cet hiver, par courtoisie, sur le retour d'Irak. Les deux hommes semblent aimer se réunir.


Entretien de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République avec M. John McCain, candidat du Parti Républicain à l'élection présidentielle américaine
à l'Elysée, Paris, le 21 mars 2008
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La campagne perpétuelle de Sarkozy

En sa première année, Sarkozy a continué à gérer les affaires d'Etat comme s'il faisait encore campagne. Le fait que les commentateurs l'aient appelé «Sarkozy l'Américain» signifie seulement qu'il ne ressemble pas à ses prédécesseurs, et qu'il scrute les sondages comme un Américain, toujours en campagne. Il a fait des choses idiotes : voyages de presse éclair, annonces moralisatrices, entrevues boulimiques, tournées de poignées de main, face-à-face avec des grévistes; choses utiles : résolution de l'impasse constitutionnelle de l'Union européenne (un tour de force), l'adoption autoritaire d'une législation écologique audacieuse, l'envoi de renforts en Afghanistan ; choses neutres : mise en confiance des satrapes africains sur la permanence de l'attitude complaisante de la France. Il y eut assez de bien pour qu'il se maintienne dans les sondages pendant 4 mois. Puis il a commencé à ne plus donner de résultats, le Parlement a commencé à se réveiller, les limites de l'exercice sont devenues claires, et les sondages l'ont montré glissant au-dessous des estimations d'approbation de 50% (il flotte maintenant entre 30 et 40%). Ses appels à moins de paresse ont semblé étranges, alors même qu'il semblait ne pas économiser le moindre euro en réductions de train de vie pour son entourage, et se prélasser dans l'opulence douteuse de ses nouveaux amis milliardaires. Sans surprise, lors des élections municipales de mars, la droite a perdu presque partout. Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Il doit s'être rendu compte que faire campagne à plein temps est contre-productif. L'électorat désire la stabilité, une peu d'amnésie, et moins de changements d'épouse d'un genre monarchique. À sa décharge, il a divorcé directement, pour la deuxième fois, et a épousé son ultime chérie (comme le priaient les diplomates et conseillers du protocole pour ne pas insulter socialement les dirigeants musulmans et asiatiques, prudes). Mais il parlait trop. Son ancien porte-parole David Martinon parlait trop, donnant les conférences de presse hebdomadaires expressément comme à la Maison Blanche, et le voilà maintenant réexpédié au loin comme Consul Général à Los Angeles où il restera loin des feux de la rampe et pourra aussi observer la campagne de McCain et la rapporter. La vie pour Sarkozy n'est plus une campagne perpétuelle. Cela ne paye pas politiquement, néanmoins c'est tout ce qu'il sait faire.

Nicolas Sarkozy and Carla Bruni
M. Nicolas Sarkozy, Président de la République et Madame Carla Bruni-Sarkozy

McCain réussira-t-il grâce à ma formule? Et si oui, á quoi cela servirait?

Ceci pourrait être une question que Sarkozy se pose à lui-même. Les diplomates français surveillent les primaires américaines tellement étroitement qu'ils pourraient créer une agence de presse. J'étais témoin de quelques diplomates français, assistant assidument à des rassemblements de campagne et à des débats télévisés, et expliquant au responsable de campagne pour McCain en Californie que « notre président veut savoir avec qui il va traiter ». Je corrige : il veut savoir si la formule Sarkozy fonctionne pour McCain. Malheureusement le président français ne s'est pas entièrement rendu compte qu'être président signifie gouverner, administrer, agir parfois en coulisse. Les élections sont terminées. Les sondages sont inutiles. L'observation des primaires américaines l'est aussi.

Harold Hyman, journaliste franco-américain basé à Paris, s'intéresse à la diplomatie culturelle. Il a travaillé pour RFI, Courrier International, Radio Classique (rédaction économique). Il est actuellement spécialiste des questions de diplomatie et de défense à BFM TV.

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