La Bibliothèque Historique de la Ville de Paris présente jusqu’au 1er juillet 270 photographies inédites sur une vision de la vie parisienne pendant l’Occupation et la Libération. André Zucca avait le « privilège » de disposer de films couleurs parce qu’il travaillait pour le magazine Signal, organe allemand de propagande nazie vantant la puissance de la Wehrmacht et de la Waffen SS.
Il s’agit là d’un témoignage saisissant d’une certaine vision de la vie quotidienne de certains Parisiens pendant les années noires, de l’Occupation à la Libération. Toutes les photographies sont issues de l’exceptionnel fonds détenu par la Bibliothèque - près de 12000 clichés sur le Paris occupé (10600 clichés noirs et blancs et 1058 photos couleur). Les photographies présentées ont fait l’objet de corrections minutieuses, qui ont permis de restituer les couleurs avec exactitude. Ce que nous donne à voir André Zucca est un Paris léger, voire insouciant. Il a choisi un regard qui ne montre rien, ou si peu, de la réalité de l’occupation et de ses aspects dramatiques : files d’attentes devant les magasins d’alimentation, rafles de Juifs, affiches annonçant les exécutions… Dans ces images, nulle trace non plus de la Résistance, pourtant présente à Paris dès 1940.
André Zucca (1898-1973)
Après de nombreux reportages à travers le monde, André Zucca devient l’un des photographes de presse les plus actifs dès 1937. Correspondant de guerre pour France Soir et pour Paris Match en septembre 1939, André Zucca est requis par l’occupant en 1941 et participe alors au magazine de propagande Signal, bimensuel diffusé dans les pays occupés.
De toutes les photographies présentées dans l’exposition, pas une seule ne fut publiée dans ce magazine nazi, qui réservait la couleur aux seules photos de guerre.
André Zucca était d’abord un reporter d’images, passionné de photos. Lui qui se voulait apolitique était un anarchiste de droite. Mais pendant l’Occupation, il s’accommoda de la présence de l’occupant, devint germanophile sans être pour autant un collaborationniste engagé. Avoir travaillé pour le journal de propagande nazi Signal lui valut en octobre 1944 d’être poursuivi pour atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat. L’insuffisance d’autres éléments à charge, la protection de l’entourage du général de Lattre de Tassigny, les critiques formulées naguère à son endroit par la rédaction de Signal expliquent le « classement » de son dossier en octobre 1945. Menacé de passer devant une chambre civique, il préféra quitter Paris pour vivre sous un nom d’emprunt dans les environs de Dreux.
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